Pourquoi avoir créé cette formation dédiée à la transformation des EHPAD et, plus largement, de l’offre médico-sociale ?
Dr Kevin Charras : Cette formation est née d’une réflexion engagée à la demande de Dominique Libault, directeur de l’EN3S, auprès de l’EHESP, à partir de ses constats sur la nécessité d’accompagner la transformation de l’offre médico-sociale, en particulier dans les EHPAD. L’objectif était de mieux comprendre ce qui, sur le terrain, favorise les innovations, mais aussi ce qui peut les freiner : contraintes organisationnelles, culturelles, éthiques ou encore réglementaires. À partir de cette impulsion, nous avons construit une formation destinée à fournir aux directions d’EHPAD des repères et des outils concrets pour engager des dynamiques de transformation au sein de leurs établissements.
Quelle est l’organisation pratique de cette formation et comment se déroule-t-elle concrètement ?
La formation s’organise sur six jours, répartis en deux sessions de trois jours. La première partie permet de dresser un état des lieux du secteur médico-social et de mieux appréhender les enjeux gérontologiques et gériatriques : dépendance, évolution des profils des personnes âgées, transformation des modes d’accueil et adaptation de l’offre. Les participants sont ensuite amenés à travailler sur différents outils opérationnels comme le design thinking, l’analyse éthique et juridique, ou encore les principales recommandations nationales. Une attention particulière est portée à la conduite du changement et aux démarches collectives permettant d’impliquer les équipes dans les projets d’innovation.
La formation aborde-t-elle également les innovations numériques et technologiques, souvent très mises en avant dans le secteur médico-social ?
La formation ne se limite pas aux innovations technologiques. Elle couvre l’ensemble des formes d’innovation mobilisables en EHPAD : organisationnelles, professionnelles, architecturales, et bien sûr numériques. Ces dernières occupent certes une place importante dans les débats actuels, mais elles ne représentent qu’une partie des transformations possibles. L’enjeu est avant tout de replacer l’innovation dans une approche globale de l’accompagnement. Bien souvent, ce sont les évolutions organisationnelles, les nouvelles pratiques professionnelles ou les changements dans les modalités de prise en charge qui produisent les effets les plus immédiats et les plus visibles sur la qualité de vie des résidents comme sur les conditions de travail des équipes. Ce sont, selon nous, les leviers les plus structurants.
Avez-vous des exemples concrets d’innovations observées sur le terrain ?
L’exemple le plus marquant est probablement celui du virage domiciliaire en EHPAD. Cette approche contribue à améliorer la qualité de vie des résidents et des professionnels, en rapprochant davantage les pratiques du modèle du domicile et en redonnant du sens au travail des équipes. Ces évolutions reposent surtout sur une réorganisation du travail, plutôt que sur des investissements lourds. Bien entendu, d’autres innovations concernent le numérique, par exemple l’usage de l’intelligence artificielle pour alléger certaines tâches administratives ou mieux exploiter les données des établissements dans le dialogue avec les autorités de tutelle. Enfin, les innovations architecturales constituent un autre levier important, en repensant les espaces afin de les adapter aux usages réels de l’accompagnement, et en s’éloignant du modèle institutionnel traditionnel des EHPAD.
Quels conseils donneriez-vous à un directeur d’EHPAD qui souhaite se lancer dans une démarche d’innovation ?
Le premier conseil serait de ne pas s’interdire de penser un idéal, une vision ambitieuse de ce que pourrait être l’accompagnement au sein de son établissement. L’innovation commence aussi par cette capacité à imaginer un modèle souhaitable, sans s’autocensurer trop tôt. Il fait également éviter de se focaliser immédiatement sur la question budgétaire. Le coût ne doit pas constituer le point de départ de la réflexion, au risque de freiner les initiatives avant même leur conception. Il est souvent plus pertinent de construire d’abord le projet, puis d’adapter progressivement sa mise en œuvre en fonction des ressources disponibles, parfois par étapes. Enfin, il est essentiel de partir du terrain, des besoins observés et vécus au quotidien par les professionnels. Une innovation pertinente est avant tout une innovation qui répond à des réalités concrètes, identifiées au plus près des pratiques. C’est cette articulation entre vision stratégique et pratiques de terrain qui garantit sa pertinence.
Quels appuis les directeurs d’EHPAD peuvent-ils mobiliser pour structurer leurs démarches d’innovation ?
Les directeurs peuvent s’appuyer sur différentes structures d’accompagnement, comme les Living Labs ou les gérontopôles, qui jouent un rôle d’appui méthodologique, d’évaluation et de mise en réseau. Le Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités du CHU de Rennes accompagne par exemple des établissements dans la conception, l’expérimentation et l’évaluation de leurs projets d’innovation. Ces dispositifs permettent de sécuriser les démarches et de les inscrire dans une dynamique collective, en lien avec les acteurs du territoire. Ils contribuent ainsi à faire de l’innovation un processus structuré, partagé et durable au service des établissements et des personnes accompagnées.
Dr Kevin Charras : Cette formation est née d’une réflexion engagée à la demande de Dominique Libault, directeur de l’EN3S, auprès de l’EHESP, à partir de ses constats sur la nécessité d’accompagner la transformation de l’offre médico-sociale, en particulier dans les EHPAD. L’objectif était de mieux comprendre ce qui, sur le terrain, favorise les innovations, mais aussi ce qui peut les freiner : contraintes organisationnelles, culturelles, éthiques ou encore réglementaires. À partir de cette impulsion, nous avons construit une formation destinée à fournir aux directions d’EHPAD des repères et des outils concrets pour engager des dynamiques de transformation au sein de leurs établissements.
Quelle est l’organisation pratique de cette formation et comment se déroule-t-elle concrètement ?
La formation s’organise sur six jours, répartis en deux sessions de trois jours. La première partie permet de dresser un état des lieux du secteur médico-social et de mieux appréhender les enjeux gérontologiques et gériatriques : dépendance, évolution des profils des personnes âgées, transformation des modes d’accueil et adaptation de l’offre. Les participants sont ensuite amenés à travailler sur différents outils opérationnels comme le design thinking, l’analyse éthique et juridique, ou encore les principales recommandations nationales. Une attention particulière est portée à la conduite du changement et aux démarches collectives permettant d’impliquer les équipes dans les projets d’innovation.
La formation aborde-t-elle également les innovations numériques et technologiques, souvent très mises en avant dans le secteur médico-social ?
La formation ne se limite pas aux innovations technologiques. Elle couvre l’ensemble des formes d’innovation mobilisables en EHPAD : organisationnelles, professionnelles, architecturales, et bien sûr numériques. Ces dernières occupent certes une place importante dans les débats actuels, mais elles ne représentent qu’une partie des transformations possibles. L’enjeu est avant tout de replacer l’innovation dans une approche globale de l’accompagnement. Bien souvent, ce sont les évolutions organisationnelles, les nouvelles pratiques professionnelles ou les changements dans les modalités de prise en charge qui produisent les effets les plus immédiats et les plus visibles sur la qualité de vie des résidents comme sur les conditions de travail des équipes. Ce sont, selon nous, les leviers les plus structurants.
Avez-vous des exemples concrets d’innovations observées sur le terrain ?
L’exemple le plus marquant est probablement celui du virage domiciliaire en EHPAD. Cette approche contribue à améliorer la qualité de vie des résidents et des professionnels, en rapprochant davantage les pratiques du modèle du domicile et en redonnant du sens au travail des équipes. Ces évolutions reposent surtout sur une réorganisation du travail, plutôt que sur des investissements lourds. Bien entendu, d’autres innovations concernent le numérique, par exemple l’usage de l’intelligence artificielle pour alléger certaines tâches administratives ou mieux exploiter les données des établissements dans le dialogue avec les autorités de tutelle. Enfin, les innovations architecturales constituent un autre levier important, en repensant les espaces afin de les adapter aux usages réels de l’accompagnement, et en s’éloignant du modèle institutionnel traditionnel des EHPAD.
Quels conseils donneriez-vous à un directeur d’EHPAD qui souhaite se lancer dans une démarche d’innovation ?
Le premier conseil serait de ne pas s’interdire de penser un idéal, une vision ambitieuse de ce que pourrait être l’accompagnement au sein de son établissement. L’innovation commence aussi par cette capacité à imaginer un modèle souhaitable, sans s’autocensurer trop tôt. Il fait également éviter de se focaliser immédiatement sur la question budgétaire. Le coût ne doit pas constituer le point de départ de la réflexion, au risque de freiner les initiatives avant même leur conception. Il est souvent plus pertinent de construire d’abord le projet, puis d’adapter progressivement sa mise en œuvre en fonction des ressources disponibles, parfois par étapes. Enfin, il est essentiel de partir du terrain, des besoins observés et vécus au quotidien par les professionnels. Une innovation pertinente est avant tout une innovation qui répond à des réalités concrètes, identifiées au plus près des pratiques. C’est cette articulation entre vision stratégique et pratiques de terrain qui garantit sa pertinence.
Quels appuis les directeurs d’EHPAD peuvent-ils mobiliser pour structurer leurs démarches d’innovation ?
Les directeurs peuvent s’appuyer sur différentes structures d’accompagnement, comme les Living Labs ou les gérontopôles, qui jouent un rôle d’appui méthodologique, d’évaluation et de mise en réseau. Le Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités du CHU de Rennes accompagne par exemple des établissements dans la conception, l’expérimentation et l’évaluation de leurs projets d’innovation. Ces dispositifs permettent de sécuriser les démarches et de les inscrire dans une dynamique collective, en lien avec les acteurs du territoire. Ils contribuent ainsi à faire de l’innovation un processus structuré, partagé et durable au service des établissements et des personnes accompagnées.
> Article paru dans Ehpadia #44, édition de juin 2026, à lire ici
Le Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités (LL2V)
Créé il y a six ans au sein du CHU de Rennes, le Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités réunit aujourd’hui une équipe permanente d’environ quatre salariés, un doctorant et neuf chercheurs associés issus du CHU – médecins, neuropsychologues et infirmiers en pratique avancée (IPA). Le dispositif s’appuie également sur un réseau de plus de 100 EHPAD et résidences autonomie en Bretagne. Le Living Lab intervient dans l’accompagnement de projets de recherche, l’expérimentation et l’évaluation de solutions innovantes, ainsi que le soutien aux établissements dans leurs propres démarches d’innovation. Depuis sa création, il a contribué à une trentaine de projets de recherche, publié près de 30 articles scientifiques et participé à de nombreux colloques. Il coordonne également le réseau REVES, consacré au vieillissement en santé dans le Grand Ouest, qui favorise les échanges entre chercheurs, professionnels de santé et établissements autour de la recherche, des soins et de la formation.
Créé il y a six ans au sein du CHU de Rennes, le Living Lab Vieillissement et Vulnérabilités réunit aujourd’hui une équipe permanente d’environ quatre salariés, un doctorant et neuf chercheurs associés issus du CHU – médecins, neuropsychologues et infirmiers en pratique avancée (IPA). Le dispositif s’appuie également sur un réseau de plus de 100 EHPAD et résidences autonomie en Bretagne. Le Living Lab intervient dans l’accompagnement de projets de recherche, l’expérimentation et l’évaluation de solutions innovantes, ainsi que le soutien aux établissements dans leurs propres démarches d’innovation. Depuis sa création, il a contribué à une trentaine de projets de recherche, publié près de 30 articles scientifiques et participé à de nombreux colloques. Il coordonne également le réseau REVES, consacré au vieillissement en santé dans le Grand Ouest, qui favorise les échanges entre chercheurs, professionnels de santé et établissements autour de la recherche, des soins et de la formation.





« L’EHPAD de demain ne pourra pas être pensé isolément »